POÉSIE

Extraits de RÊVERIES in "RÉELLE" - Du rêve au réel. Et retour"" 

 

 

Je souffle en continu

Les atomes contradictoires

D’une parole qui me constitue

Une

Plutôt que mille

 

Le silence me dissémine

 

 

 

 

 

 

Pluie pluie pluie

Des kilomètres de pluie

Des jours et des heures et des jours

De pluie

Nous finirons ratatinés

Rabougris comme de vieilles noix ravinées

Ramassées tout au fond de leur eau de pluie pluie pluie

Des kilomètres de nuit en plein jour

Saoulée de gris gris gris

Quelle danse pour sonner le glas de la pluie ?

 

Pluie pluie pluie

Non je ne pleure pas

Pluie pluie pluie

Je crie ma soif sèche de sa morsure à lui lui lui

L’astre chaud du jour qui se déplie là-haut tout là-haut

Contre ce désastre de la nuit nuit nuit t

Tout le long du jour sans lui lui lui

 

 

 

 

 

 

C’est un cycle de vie

De nuit ?

De pluie 

Qui me condense       

À l’infini                     

Pâquerette  qui se replie        

Laisse passer l’averse

La nuit

La vie ?

Avant d’exploser

À l’embellie

 

 

 

 

 

 

Au plus près de la terre

Je me suis approchée

Le temps s’est arrêté

 

Dans la brèche

Je me suis faufilée

 

Dans le creux du temps

Oublié

 

Je me suis laissée faire

 

Par l’odeur de la terre

Les sons de la forêt

Le clapotis de la rivière

Les ronds dans l’eau

Les jeux de lumière

 

Je me suis laissée remplir

Envahir

 

Par le chant sacré de la terre

 

Brindille sèche et fragile

Je suis

 

Feuille blanche volante morte

Je ris

 

De la pluie

Du temps qu’il fait

De celui qui passe

 

J’écoute

Les feuilles crépiter

Saturer mes sens de sons et de senteurs

 

Étincelles froissées

Ouvragées en dentelle de poussière

Les feuilles d’automne tissent à l’hiver

En tapis de lumière

 

Plus bas encore

Je me suis penchée

Jusqu'à la source

Où les pores de la terre

Dilatent l’humus capiteux

 

 

 

 

 

 

Rêve de la source

 

J'avance dans un paysage d’été, vert et boisé, lorsque je découvre une fontaine. Il y a un passage étroit sur le côté, je m’y faufile et commence à descendre le long d’un escalier de pierre hélicoïdal, comme dans un phare à l’envers.

Je descends tout en tournant dans l’iridescente lumière d’un arc-en ciel ; il jaillit au ralenti du sable fin et blanc du sol de la fontaine. Le sable coule, de source clair, entre mes doigts ouverts jusqu’aux pieds.  Je baigne dans la lumière chatoyante de la source arc-en-ciel. Au dessus de ma tête, la surface de l’eau joue avec le miroitement du soleil et le feuillage diapré de la forêt. Constellation d’un plein jour.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une vie de rêve

 

 

De la miniature à la fresque

Les premières peintures         

Donnent la mesure des extrêmes

- La vie qui viendra -

Sans oublier d’inviter à demeure

La poésie familière du vertige

Garde-fou de mon cri

 

Je travaille

À la création d’obstacles sur mesure

J’aime gagner ma vie à la compliquer

D’amis invisibles au grand jour

De dialogues de sourds

Avec des interlocuteurs muets

D’expositions de peinture

Aux cimaises de mes châteaux andalous

 

 

Une vie de rêve

Où mes larmes

Mélangées au pigment

 

Soulignent d’écarlate

Mes mots chantés à nu

 

 

 

 

 

 

 

Peintre en herbe

 

 

Dans ma prochaine vie, je serai grande

Je peindrai de l’herbe

J’habiterai au bord de la Méditerranée

J’élèverai des cailloux

Que les enfants s’amuseront à jeter dans la mer

Turquoise

Sans penser à rien

 

 

 

 

 

 

 

 

Tumulus

De mousse vêtu

Antre charnu de la terre

J’aimerais comme sépulture

Cette maison de fée

Au parfum de terre mouillée

L’été

De mousse frottée

L’automne

 

Une table ronde

Lourdement posée sur l’entrée

De ma dernière maison

Pour donner aux vivants

Toute l’ampleur du mystère

Sa saveur

Son odeur

Sa rondeur

 

Aux petites bêtes

Offrir

Une verte prairie pour courir

Faire leur nid

L’amour

Et des petits

 

Danser une dernière fois

Dans mon cercle magique

Puis

D’un bond

 

M’envoler

 

Pour de bon

 

 

 

 

 

 

 

Il dessine un parasol

Au milieu des milliers de fleurs sauvages de la vallée

 

Les papillons aux ailes délicates

            Aux coloris mélangés

Virevoltent

 

À l’ombre dense et mouvante d’un tilleul

Je contemple la danse

Éphémère

De l’été

 

Le tilleul est un rocher

Il émerge d’un océan de coquelicots et de bleuets

Que la brise tiède fait onduler en vagues tranquilles

 

Sur une jonque en baie d’Along

La houle parfumée des fleurs d’été me berce

Vertige d’un voyage inattendu

 

La caresse d’une aile de papillon

Me ramène à la vitesse de la lumière

D’été

Sous le tilleul

 

 

 

 

 

 

 

Automne

 

 

Dans la ronde des jours

La sève monte

Et puis descend

Gagne les souterrains

Ombreux

À la lumière diffuse

De l'antre de la vie

Autre

 

Pays de mes racines

Sous la terre c'est le monde à l'envers

Je regarde l'eau

Comme un horizon sens dessus dessous

 

L'herbe verte et les roches nues

Flottent dans l'azur

 

 

 

 

 

 

 

Au cœur transi de ma solitude

La litanie des heures lentes

À la rêverie inquiète

Diffuse le temps en froides gouttelettes

 

Les heures flaques de boue

M’enlisent dans la vase

Des jours sans horizon

 

L’âme incertaine je martèle

Une parole offerte en lettres

- Mon incantation épistolaire -

Fomente en prose vent et tempête

En vers le courant de la rivière

 

En bleu, vert, jaune rouge, orangé

Je refuse la mortelle ornière du temps